Témoignage d'amélie, récipiendaire de la bourse mary barclay (été 2018)

 

Semaine 1 : Irlande

J’ai commencé mon périple par une soirée à Dublin. Je résidais chez des hôtes Couchsurfing dans un quartier très proche du centre-ville. J’ai pu visiter la ville et ses quartiers animés par la musique folklorique irlandaise sortant de tous les pubs. Le lendemain, j’ai pris un autobus vers mon auberge à Derrylhagan, dans le comté de Donegal. Le jour suivant, je suis partie tôt le matin pour m’attaquer à l’ascension des falaises de Slieve League (Sliabh Liag en gaélique). Après ma randonnée, ma journée a pris un tournant inattendu. Comme je me déplaçais à pied et que mon auberge était assez éloignée, j’ai décidé de faire du pouce. Sur le chemin du retour, c’est un policier irlandais nommé Kevin qui m’a offert de me ramener. Il avait également dans sa voiture un couple de jeunes Espagnols (Ana et Nacho) qui venait d’avoir un accident de voiture. La réputation d’hôtes accueillant des Irlandais est loin d’être exagérée, puisque le policier nous a ensuite invités à manger dans sa maison sur le bord de la mer. Nous sommes partis tous ensemble le lendemain vers Galway, une ville qui m’a énormément plu. Elle est animée, très fréquentée par les étudiants, pas trop grosse et proche de la mer, bref, elle a tout pour me plaire! L’activité musicale y est impressionnante, j’ai d’ailleurs ajouté à ma bucket list d’y passer une session pour étudier. Pour ma deuxième journée à Galway, j’ai décidé de prendre part à une visite des falaises de Moher. Plutôt touristiques, j’ai quand même apprécié la vue de ces falaises immenses. Victime de mon inattention, j’ai dû me trouver un plan B pour retourner vers Galway quand j’ai remarqué que mon autobus était parti sans moi après un repas au village de Doolin. Reprenant le pouce, j’ai rencontré 2 Irlandais et 2 Américains en route vers Galway. J’ai passé la soirée avec eux et j’ai ainsi pu découvrir la ville avec des gens originaires de la place. J’ai continué mon aventure le jour suivant avec la visite du parc national de Killarney. Je suis ensuite retournée à Dublin, où j’ai finalement eu le temps de visiter l’impressionnante bibliothèque du Trinity College.

 

Semaine 2 : Tall Ship Races

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Je savais que j’allais apprécier mon expérience à bord du Oosterschelde, mais cette semaine a de loin dépassé toutes mes attentes. Je suis arrivée tôt le matin dans la ville de Sunderland, j’ai donc pu profiter du festival et admirer tous les autres bateaux participant à la course. Je suis embarquée sur mon bateau à 18h pour participer à un court trajet de 2 heures. J’ai rencontré les autres apprentis, avec qui les affinités se sont développées très rapidement. Nous avons quitté le port le lendemain en soirée. Les membres de l’équipage nous ont donné une excellente formation de base sur la navigation et ont été très attentifs à nos questions. Le système de rotation des heures de surveillance auquel nous étions soumis nous a permis de voir la mer à toutes les heures de la journée. Il n’y a pas de plus beau moment que d’être allongé sur le pont sous un ciel étoilé sans pollution lumineuse, le souffle du vent dans les voiles et le bruit des vagues contre la coque du bateau. Il n’y a pas de moment plus intense que de marcher sur un bateau penché sur le côté, avançant à une dizaine de nœuds sous une pluie battante. Il n’y a pas de meilleure vue que de regarder le coucher du soleil, perché au sommet d’un mat. L’équipage était composé d’Hollandais, d’Américains, d’Anglais, d’un Allemand, d’une Française et d’une Polonaise. Travailler en équipe et développer une complicité a été très facile avec toutes les personnes présentes. En quittant le bateau après une semaine, nous avions l’impression d’être de vieux amis… et nous avions tous le goût d’y retourner également, affaire à suivre!

 

Semaine 3 : Wwoofing au Danemark

Je suis arrivée à la ferme Stratesburg Old de Margrethe et Michael la journée suivant l’arrivée du Oosterschelde au port d’Esbjerg. J’avais encore le mal de terre quand j’ai commencé à travailler. Un couple de jeunes Français était également présent. Nous travaillions le matin de 9h jusqu’à 13h. Nous avons principalement ramassé des fruits et coupé du bois. Même si je n’ai pas acquis énormément de connaissances par rapport à l’agriculture, cette expérience m’a permise de confirmer mon goût pour le travail à l’extérieur en lien avec la production agricole. Je retourne d’ailleurs faire du wwoofing au Québec dans la région du Lac St-Jean à la fin du mois d’août. J’ai également pu discuter avec les propriétaires de la ferme des défis rencontrés par les agriculteurs par rapport à la concurrence ou pendant les périodes de canicule. Mon voyage en Europe a été complété par une semaine chez ma famille en France, puis une courte escale de moins de 24 heures à Reykjavik entre mes deux vols correspondants. 

 

Développement durable

Un de mes défis personnels durant ce voyage était de suivre le mode de vie zéro-déchet. Mon constat : impossible. Impossible, car malgré des efforts constants, les déchets plastiques et les emballages inutiles sont partout. J’entends souvent que l’effort doit être fait par les consommateurs, de ne pas choisir des produits trop emballés, de se déplacer avec des sacs réutilisables et des contenants en verre, de refuser les pailles en plastique… Mais ce n’est pas suffisant. Ce sont aux restaurants, aux magasins, aux aéroports et à tous types de commerce de proposer des options plus écologiques et respectueuses de l’environnement à leurs clients. Ce voyage m’a donné la motivation de proposer des idées dans mon entourage pour contrer le problème grandissant de la surabondance du plastique.

 

Minimalisme

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J’en ai impressionné plus d’un durant mon périple grâce à mes bagages minimalistes. Je suis partie avec mon appareil photo et un sac d’école dont le contenu se limitait à des vêtements pour une semaine, un imperméable, une trousse de toilette, un iPad mini, mon cellulaire, un cahier de notes, une serviette, un maillot de bain, une gourde, mon portefeuille et un sac ziploc contenant mes papiers importants. Partir avec très peu de bagages à énormément d’avantages, le premier étant le prix des billets d’avion qui baisse considérablement si on n’a pas de bagages en soute. Passer les douanes et autres sécurités à l’aéroport était également beaucoup plus rapide. Comme je n’avais pas de place dans mon sac, je n’ai presque rien acheté, ce qui m’a permis de ne pas gaspiller d’argent pour des dépenses matérielles inutiles et de le garder pour les choses importantes comme l’hébergement et la nourriture. Le côté pratique des déplacements était très appréciable également; j’avais les mains libres et pas besoin de monter des escaliers avec une valise lourde et encombrante. J’ai toujours voyagé avec une valise, mais je pense changer cette habitude à partir de maintenant et tenter de convaincre ma famille et mes amis de faire de même. Je pense aussi appliquer le minimalisme à mon quotidien et limiter mes possessions matérielles au strict minimum.

 

Passion musicale

La musique est importante. Peu importe la langue, l’origine et l’âge, la musique permet de rassembler des gens d’horizons différents puisque tout le monde peut l’apprécier et y danser. Par le passé, j’ai trop tenté d’apprendre la musique dans le cadre scolaire qu’on m’imposait; pratiquer des gammes et des standards jazz ennuyeux 8 heures par jour, enfermée dans un bureau à cloisons. J’avais perdu de vue l’aspect social et rassembleur de la musique. Je pense m’être mis trop de pression sur les épaules en lien avec ma pratique musicale, et je n’ai pas assez appliqué mes besoins à ma profession, ce qui a causé mon doute des derniers mois. Ma semaine en Irlande m’a montré l’attitude de divers musiciens par rapport à leur art et leur public. J’ai été dégoûtée de la musique pour son aspect cérébral et sérieux, mais je pense que je peux faire de la musique mon métier sans suivre un chemin déjà tracé et me diriger vers la voie de la musique traditionnelle, qui correspond davantage à mes valeurs.

 

Interactions sociales

J’ai toujours été discrète et très calme. J’ai une personnalité introvertie qui m’a longtemps donné du fil à retordre pour m’ouvrir à de nouvelles rencontres. Cet été, j’ai été étonnée par ma facilité à me faire de nouveaux amis et à aller vers les gens pour demander de l’aide. J’ai établi des amitiés solides avec les autres apprentis du Oosterschelde, j’ai même convaincu l’un d’eux de venir me rendre visite à Montréal cet hiver. Je peux donc confirmer le fait que voyager seul permet d’être plus ouvert aux nouvelles rencontres. 

 

Réduction de mon anxiété

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Depuis la fin de mon secondaire, j’ai laissé mon anxiété grandir, prendre trop de place dans ma vie et gâcher beaucoup d’évènements. Cette année, j’ai décidé que j’en avais assez et il n’y a rien de tel que des défis personnels pour combattre la petite voix dans mon esprit qui avait l’impression d’être incapable de faire quoi que ce soit. Des défis comme décider de partir seule avec un sac à dos pendant un mois. Comme grimper dans les cordages d’un mât d’une vingtaine de mètres de hauteur sans attache. Comme faire du pouce dans un pays qu’on connaît à peine. Comme escalader des montagnes sans sentiers balisés dans la brume. Comme se déconnecter de tous médias sociaux et profiter d’une aventure extraordinaire. Comme, tout simplement, essayer de garder son calme dans les situations imprévues qui arrivent forcément en voyage. Cette aventure m’a permise de me mettre au défi et de prendre conscience de tout ce que j’étais capable de faire. J’ai appris à aller vers l’aventure plutôt que d’avoir peur de ce qui pourrait mal tourner dans le futur. J’ai appris à apprécier le moment présent et à prendre les opportunités quand elles passent. Je suis persuadée que je suis désormais capable d’appliquer cet état d’esprit à mon quotidien.